En cas de mouvement social, la situation peut rapidement devenir sensible pour une entreprise. Blocage d’accès, entrave à la liberté du travail, dégradations, occupation des locaux, tensions avec les salariés ou les représentants syndicaux : chaque minute compte.
Dans ce contexte, le constat de grève ou de piquet de grève réalisé par un commissaire de justice (anciennement huissier de justice) constitue un outil juridique stratégique. Il permet de figer une situation à un instant précis et d’apporter une preuve objective en cas de contentieux.
Pour un dirigeant, un DRH ou un responsable juridique, le constat n’est pas une démarche conflictuelle. C’est un moyen de sécurisation et de prévention des risques.
Le constat de grève est un procès-verbal dressé par un commissaire de justice afin de décrire de manière neutre et objective :
L’existence d’un mouvement de grève
La présence d’un piquet de grève
L’occupation éventuelle des locaux
Les blocages d’accès
Les entraves à la circulation
Les dégradations constatées
Les comportements observés
Le professionnel ne prend parti pour aucune des parties. Il se limite à constater des faits matériels, à un instant donné, avec précision.
Ce document possède une forte valeur probante devant les juridictions civiles, commerciales ou pénales.
Le droit de grève est un droit constitutionnel. Les salariés peuvent cesser le travail pour appuyer des revendications professionnelles.
Cependant, ce droit connaît des limites :
Il ne doit pas dégénérer en violences
Il ne doit pas entraîner de dégradations
Il ne doit pas constituer une séquestration
Il ne doit pas empêcher les non-grévistes de travailler
Il ne doit pas bloquer totalement l’accès à l’entreprise
Un piquet de grève est licite s’il demeure informatif et non coercitif. Dès lors qu’il devient bloquant ou intimidant, la situation peut devenir juridiquement contestable.
Le constat permet précisément d’établir si les faits restent dans un cadre légal ou s’ils constituent une entrave.
En cas de procédure devant le conseil de prud’hommes, le tribunal judiciaire ou le tribunal de commerce, le constat permet de démontrer :
L’ampleur réelle du mouvement
Les entraves constatées
Les dégradations subies
Les pertes d’exploitation
Sans preuve formelle, l’entreprise se retrouve en difficulté.
Si la situation devient critique (blocage total, impossibilité d’accès aux locaux, menaces), l’entreprise peut saisir le juge des référés.
Le constat constitue alors une pièce essentielle pour obtenir :
Une ordonnance d’expulsion
Une interdiction de blocage
Une mesure conservatoire
En cas d’incident grave, le dirigeant doit démontrer qu’il a agi avec diligence.
Faire établir un constat montre une gestion responsable et encadrée du conflit.
L’intervention est généralement rapide, parfois en urgence.
Le commissaire de justice :
Se rend sur place
Observe les accès à l’entreprise
Note le nombre approximatif de participants
Décrit les banderoles et installations
Constate les blocages physiques éventuels
Vérifie si des salariés non-grévistes peuvent accéder aux locaux
Prend des photographies datées
Il peut également constater :
Des barricades
Des pneus brûlés
Des chaînes ou cadenas
Des véhicules obstruant les accès
Des propos affichés sur des pancartes
Le procès-verbal est ensuite remis à l’entreprise.
Le recours à un constat de grève est conseillé lorsque :
L’accès à l’entreprise est empêché
Les salariés non-grévistes sont intimidés
Des clients ne peuvent accéder aux locaux
Des livraisons sont bloquées
Des marchandises périssables sont menacées
Des installations sensibles doivent être sécurisées
Dans les secteurs industriels, logistiques, portuaires ou commerciaux, les enjeux financiers peuvent être considérables.
Le constat peut également servir à appuyer une demande d’indemnisation.
Si l’entreprise subit :
Une perte de chiffre d’affaires
Une rupture de contrat
Une pénalité de retard
Une dégradation de matériel
Le procès-verbal permettra d’établir un lien entre le mouvement et le préjudice.
Il peut aussi être transmis à l’assureur.
Le commissaire de justice n’est pas un acteur du conflit.
Il n’intervient pas pour disperser un piquet de grève ni pour dialoguer avec les représentants syndicaux. Son rôle est exclusivement probatoire.
Sa présence peut toutefois avoir un effet dissuasif et contribuer à apaiser certaines tensions.
Les mouvements sociaux surviennent souvent tôt le matin ou de manière imprévisible.
Il est recommandé d’anticiper en identifiant en amont un professionnel capable d’intervenir rapidement.
Un constat tardif peut perdre de sa pertinence si la situation évolue ou si le blocage est levé.
Le droit de grève protège les salariés, mais certains comportements peuvent constituer :
Une voie de fait
Une entrave à la liberté du travail
Une infraction pénale
Une occupation illicite
Le constat ne qualifie pas juridiquement les faits, mais il fournit les éléments factuels nécessaires à l’analyse juridique.
Le coût dépend :
De l’urgence
Du créneau horaire (intervention tôt le matin, week-end)
De la durée de présence sur site
De la complexité de la situation
Il s’agit généralement d’un investissement mesuré au regard des enjeux financiers d’un blocage d’activité.
Le professionnel peut intervenir librement dans les espaces accessibles au public.
En revanche, il ne peut pénétrer dans des locaux fermés sans autorisation ou décision judiciaire.
Il agit dans le respect strict de la loi.
Dans un climat social tendu, l’improvisation est risquée.
Le constat permet :
De sécuriser juridiquement l’entreprise
D’objectiver la situation
De préparer une action en référé
De défendre les intérêts économiques de la société
De protéger les salariés non-grévistes
Il ne s’agit pas d’un acte d’opposition au droit de grève, mais d’un outil d’encadrement juridique.
Non. Il ne constitue pas une mesure d’exécution. Seule une décision judiciaire peut ordonner la levée d’un blocage.
Oui. En cas d’évolution rapide de la situation, plusieurs constats peuvent être réalisés afin de démontrer la continuité du blocage.
Oui. Le procès-verbal de commissaire de justice a une forte valeur probante.